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Le contrat |
Malgré son idéologie autonomiste et
antiprofessionnaliste, le Comité du peuple s'est tourné vers
l'appareil scolaire et les professionnels de l'éducation. Deux
professeurs ont été "prêtés" au Comité comme
"personnes-ressources" en pédagogie. Le Comité comptait bien
conserver le pouvoir autonome qu'il avait au début. Ses moniteurs
comptaient bien continuer l'éducation et l'alphabétisation
populaires dans la culture, et pour les besoins, des assistés sociaux.
De son côté, la commission scolaire préférait
"encadrer" une activité marginale d'éducation qui avait
commencé avec son soutien financier, mais sans son droit de regard
pédagogique. Elle saisissait l'occasion de faire une expérience
d'alphabétisation para institutionnelle quand, manifestement, les cours
réguliers en classes du soir n'atteignaient que très
partiellement les résultats escomptés. L'entente se
résumait globalement à ceci: la commission scolaire
prêterait deux professeurs et un animateur à temps partiel, elle
aiderait à la formation de moniteurs, elle soutiendrait
financièrement le projet; le Comité du peuple garderait la
gestion globale, il assurerait la permanence des moniteurs, la publicité
et le contact avec la population des assistés sociaux, il assurerait la
continuité "populaire" de l'expérience. |
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La deuxième année |
L'expérience se poursuit donc pour une
deuxième année avec une participation accrue de l'école et
avec l'aide de trois moniteurs du Comité. Le public n'est pas beaucoup
plus nombreux que la première année et, fait significatif, il
n'est composé que pour une moitié d'assistés sociaux. Les
autres sont des travailleurs qui ont préféré la formule du
cours au Comité du peuple plutôt que celle des cours à la
commission scolaire. La transition est difficile entre l'aventure de la
première année, les attentes qu'elle avait suscitées et le
nouveau style donné à l'alphabétisation par les
professeurs. Même si ceux-ci ont la volonté d'enraciner la
pédagogie dans la culture du Comité et de son public, même
s'ils recherchent les moyens de relier l'apprentissage de la langue à
une éducation populaire libératrice, même s'ils sont
aidés par des moniteurs organiques, ils ont apporté avec eux une
culture et un "éthos" de classes moyennes, ils impriment à
l'expérience la "rationalité", les normes et même les
règles de l'école. Quant au public - les "élèves"
-, ils sont satisfaits par ce modèle plus rigoureux de l'apprentissage,
ils apprennent effectivement le système métrique et le
français, ils aiment se retrouver dans un sous- sol plutôt
qu'à l'école régionale et ils retrouvent malgré
tout le rituel de l'apprentissage "normal" qui est plus sécurisant que
des séances d'information sur les droits et misères des
assistés sociaux. Les moniteurs, eux, d'avant-gardes de
l'expérience d'éducation populaire qu'ils voulaient être,
ils sont devenus des, adjoints aux éducateurs professionnels. En fin
d'année, l'expérience est évaluée globalement comme
un succès. Elle est réellement destinée à
croître. Elle amène les principaux acteurs à réviser
leurs rôles ' pour une troisième année. |
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Le nouveau contrat |
Cette révision des rôles, soit le pouvoir de
définition du modèle d'intervention éducative, est
passée du Comité du peuple à la commission scolaire. Les
professionnels, indépendamment de leurs intentions, se sont
manifestement réapproprié l'expérience. La nouvelle
"entente" ou le nouveau "contrat" (il n'y a plus en fait ni l"un. ni l'autre),
prévoit donner une plus grande autonomie à l'équipe
d'alphabétisation composée de deux professeurs, de deux
animateurs et d'un représentant du Comité du peuple. Autonomie
accrue, théoriquement, tant face à l'école que face au
Comité qui - a d'autres activités que l'alphabétisation.
En fait, l'autonomie dessinée vient consacrer la distance prise par
l'alphabétisation face au Comité du peuple. Le
représentant du Comité dans l'équipe
d'alphabétisation n'a qu'un rôle passif et représentatif.
Les moniteurs sont toujours là et théoriquement pleinement
participants à l'expérience, mais plusieurs indices laissent
croire qu'ils ne joueront à l'avenir qu'un rôle subsidiaire et
même qu'ils se retireront carrément. Reste donc, comme pilier de
l'expérience, les professeurs et, derrière eux, l'appareil
scolaire. C'est là que les stratégies sont définies, c'est
de là que la compétence pédagogique s'impose
malgré la "bonne volonté" des éducateurs qui cherchent
à devenir organiques, c'est dans ses conseils d'administration que les
budgets sont votés. c'est par là que les lourdes traditions de
l'éducation monopolistique se transmettent et se reproduisent dans les
interventions qui, apparemment, étaient les moins susceptibles
d'accentuer les contrôles de l'appareil scolaire. |
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