La suprématie de la
langue |
Que peut-on retenir de cette expérience très
brièvement résumée? D'abord les échecs. Ni le
Comité du peuple, ni la commission scolaire n'ont réussi à
développer une éducation populaire qui soit en affinité
organique avec la culture, le langage et les besoins des assistés
sociaux. Ni l'un ni l'autre n'ont réussi à pratiquer une
alphabétisation qui soit en affinité organique avec les usages
linguistiques quotidiens des sous-prolétaires analphabètes. Il
faut bien constater que la suprématie des traditions scolaires et de la
loi de langue s'est encore imposée en dehors des murs de l'école.
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Un public sélectif |
Le Comité du peuple n'a pu réunir son public
potentiel d'analphabètes par les séances
d'alphabétisation. Dès la deuxième année,
l'expérience éducative a attiré des travailleurs ou des
chômeurs saisonniers. Il est à prévoir que ce type de
public sera majoritaire, s'il ne l'est déjà. Il tendra à
écarter les "parias", car les distinctions sont aussi vivaces en bas
qu'en haut de l'échelle sociale. |
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| L'expropriation |
Le Comité du peuple, on l'a vu, a progressivement
été désapproprié d'un projet qu'il avait
conçu et expérimenté une première année. Ses
moniteurs, malgré le rôle innovateur que les professeurs et la
commission scolaire leur reconnaissaient, se sont vite retrouvés
subordonnés à la maîtrise des professeurs et
confirmés dans leur statut de sous-prolétaires
bénévoles au service d'une commission scolaire incapable de les
payer, notamment parce que contrainte par une loi d'assistance sociale. Deux
moniteurs ont déjà démissionne. L'aventure de la
participation tire à sa fin. La désappropriation de
l'éducation populaire se complète ainsi par l'expropriation
douce des bénévoles. |
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| Les moniteurs |
Les principaux succès maintenant. On a fait,
à Longueuil, 1'expérience des rôles irremplaçables
des moniteurs organiques, non professionnels, dans une intervention
d'alphabétisation. Malgré leur défection due à des
facteurs structurels essentiels, et malgré l'effet de domination
qu'exerçait directement sur eux le modèle des professeurs, ils
ont démontré qu'il est possible et nécessaire de
déconfessionnaliser l'éducation de base. Positivement, ils ont
confirmé ce qu'on a expérimenté dans le Tiers Monde et ce
que proclamait la Déclaration de Persépolis, à savoir que
l'éducateur et l'éduqué doivent être d'une
même culture, d'une même classe, parler un même langage. La
culture technocratique produit et cherche à appliquer des modèles
systémiques ou cybernétiques. La situation éducative
à situer dans un environnement quotidien appelle une conception et des
pratiques organiques, ce qui est à contre-courant dans nos
sociétés occidentales. |
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| Un lieu vivant |
Si, au Comité du peuple, on n'a pas réussi
à attirer la population des assistés sociaux analphabètes
(dans l'utopie des débuts, on se préparait à accueillir
une centaine de personnes), on a néanmoins attiré un public qui
ne se serait jamais présenté à l'école. C'est un
des aspects les plus positifs de l'expérience de Longueuil.
L'environnement de ce sous-sol où se donnent les cours, le style des
rencontres, l'ambiance ont créé un lieu vivant. La dure
épreuve du spectacle de sa propre déchéance et de
l'exercice scolaire traumatisant a pu être évitée et
remplacée par un jeu efficace de l'apprentissage. |
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| Heureuse
alphabétisation |
Autre succès manifeste: l'alphabétisation a
été réellement productive. Les méthodes et les
techniques seules n'y sont pas pour grand-chose. C'est l'ensemble de la
situation pédagogique qui a permis de transformer un exercice laborieux
en une expérience de "gai savoir ". |
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| Quelles
conclusions? |
Finalement, cette première tentative
d'alphabétisation en dehors de l'école avec la collaboration d'un
organisme populaire aura été, pour la commission scolaire et les
professionnels de l'éducation des adultes, riche d'enseignements et de
résultats. Elle aura clairement démontré tous les
avantages de la déscolarisation et de la déprofessionnalisation -
même partielles - de l'alphabétisation des adultes. Elle aura
découvert de nombreuses possibilités, en marge de la culture et
des clichés technologiques. Elle aura fait un peu avancer la recherche
d'une éducation populaire menée par l'école. Mais, ne
l'oublions pas, tous ces acquis au positif pour l'école l'auront
été au prix de la remarginalisation de l'organisme populaire
initiateur de l'expérience et de la dure exclusion des moniteurs. C'est
à eux qu'il faudrait maintenant demander " quelles conclusions?"
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(1) Ce travail a été fait dans
Analphabétisme et alphabétisation au Québec,
Editeur officiel, gouvernement du Québec, 1977.
(2) Cet article est une nouvelle synthèse d'une
étude plus longue publiée sous le titre: Une expérience
d'alphabétisation para institutionnelle, ministère de
l'Education, gouvernement du Québec, 1978. |
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